Au Burundi, grandir avec un handicap attribue à son porteur un statut de personne incapable de tout. Certains d’entre eux se tournent vers la mendicité. Pourtant, ce n’est pas le cas de Patrice Ntiruvakure, un quinquagénaire du village de Muzinda, dans la province de Bubanza, à l’ouest du Burundi. Bien qu’il soit handicapé des jambes, il a trouvé un métier qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille. Il partage avec nous son parcours professionnel et lance un appel aux décideurs.
Né en 1969 sur la colline de Magarure, dans la commune de Mubimbi, province de Bujumbura, à l’âge de 3 ans, Patrice, surnommé “Power”, voit ses jambes rétrécir à la suite de la polio, devenant ainsi handicapé des jambes.À l’âge de 11 ans, il a la chance de rencontrer le prêtre Padre Conte, qui, par la suite, a eu pitié de lui. Il le conduit à l’école Saint Kizito de Bujumbura pour une formation professionnelle et un suivi médical. Malheureusement, tous les soins s’avèrent infructueux. Pour lui, l’heure était venue d’apprendre un métier pour assurer son avenir. Compte tenu de son état de santé et de sa localité d’origine, il choisit la cordonnerie.
Avec son certificat en poche, Ntiruvakure retourne dans sa colline natale. Très rapidement, il commence à exercer son métier et se forge peu à peu une réputation remarquable dans la cordonnerie de sa colline natale et de ses environs, devenant populaire. Ses clients apprécient sa prestation, et la demande augmente de jour en jour, lui permettant de gagner plus de deux mille cinq cents par jour.
Épanoui et expérimenté, Ntiruvakure étend ses services à Muzinda et au lycée Maranathan de Kivoga, où il se rend respectivement tous les mercredis et dimanches, ainsi que le samedi.Il attribue son succès à sa famille.
Si tout semble lui réussir, c’est parce qu’il a une famille qui l’accepte, qui l’aime et qui l’encourage. Marié à une « jolie femme », Ntiruvakure témoigne que sa famille le soutient et que c’est grâce à elle qu’il parvient à atteindre ses objectifs. Il se remémore les bons vieux temps avec sa maman qui lui apprenait à faire la cuisine, la lessive, à éplucher le manioc, à préparer son repas et qui lui prodiguait des conseils l’invitant à ne jamais croiser les bras.
Cependant, des difficultés ne manquent pas pour ce professionnel des cordonneries. Des problèmes liés aux déplacements et aux frais d’acquisition de matériel professionnel ne facilitent pas l’exercice de son métier.« Je suis contraint d’emprunter une route de plus de 2 kilomètres pour arriver au lieu de service, je me sers de béquilles. Je ne parviens pas non plus à acquérir à temps le matériel suffisant pour l’exercice de mon métier. »
Il lance un appel aux décideurs et aux personnes vivant avec un handicap. Pour lui, toutes les personnes vivant avec un handicap ne sont pas bonnes à rien. Ceux qui sont capables peuvent s’exercer à faire de petits travaux voire réaliser de petits projets au lieu de passer toute la journée dans les rues à mendier.« J’appellerais [les décideurs] à soutenir les personnes handicapées en facilitant leur accès à l’école. Leur accès aux études primaires, secondaires, universitaires permettrait leur représentation dans les organes de prise de décisions », propose-t-il.
Selon le recensement de 2008, 4,5% de la population burundaise vit avec un handicap majeur, soit plus de 360 000 personnes. Les estimations du Réseau des Centres pour Personnes Handicapées du Burundi (RCPHB) en 2016 stipulent que le nombre de personnes handicapées au Burundi va au-delà d’1,2 million, en prenant en compte tous les types de déficiences, plus ou moins sévères, à partir des statistiques de l’OMS.